Jeudi 22 Janvier 2026- JF.RICARD La traque des jihadistes

Introduction
Un énième livre sur le Jihad ? Tout a déjà été dit.
Le terrorisme jihadiste n’est plus d’actualité. Les attentats se raréfient.
La menace n’est plus actuelle.
D’autres sujets (la Russie, la nouvelle donne américaine en Europe, les crises économique et politique…)
En réalité, il ne s’agit pas d’un énième livre sur le Jihad, dès lors que, dans son principe même de rédaction, par deux auteurs issus de deux horizons très divers et par son sujet, trente années de terrorisme jihadiste, un tel livre n’avait jamais été écrit.
Décrire, mais aussi rechercher du sens dans chacun des moments les plus importants du jihad en France au cours de cette période, des singularités, des spécificités, voire des continuités, des ruptures, des caractéristiques au jihad en France
Par ailleurs, les attentats jihadistes sont loin d’avoir disparu et plusieurs ont été évités de justesse ainsi que le PNAT l’a rappelé ces derniers mois.
La fréquence des attentats jihadistes n’a jamais été linéaire, alternant périodes intenses et période de repli, en général en miroir des « guerres jihadistes » menées dans des pays musulmans ou à forte population musulmane.
L’histoire récente montre que la dernière période de repli (2005/2011) a précédé la plus forte vague d’opérations jihadistes (2012/2019).
Tous les éléments géopolitiques (situation au Proche-Orient notamment) ou nationaux (radicalisation de masse dans certaines zones) témoignent d’un climat propice à une reprise des actions jihadistes à court ou moyen termes.
Le très récent appel de Daech, à la mi-septembre, appelant « les jeunes musulmans » à commettre des actions isolées en soutien au peuple palestinien (tout en critiquant le combat nationaliste du Hamas au passage), visant « les chrétiens et les juifs » dans les pays occidentaux et ciblant au premier chef la France, ne fait que confirmer ces observations.
Des actions terroristes ont été réalisées ou ont été empêchées ces derniers mois, non seulement en France, mais également au Royaume-Uni, en Allemagne ou en Belgique, témoignant ainsi d’un regain d’activisme en Europe

1 Genèse du phénomène
A partir de la fin de l’année 1993, mais surtout au cours de toute l’année 1994 et pendant le premier semestre 1995 : les premiers dossiers judiciaires jihadistes avec, chez les acteurs de l’antiterrorisme une forme d’incrédulité, face à cette nouvelle idéologie source d’une réelle difficulté d’appréhension : Qui sont-ils ? Comment fonctionne leur recrutement ? De quelles formations militaires, religieuse et idéologique ont-ils bénéficié ? Quels sont leurs implantations, leur financement ? Comment fonctionnent leurs réseaux ?
Face à cette mouvance, des structures antiterroristes peu armées, tant intellectuellement, qu’en termes de méthodes de travail, de moyens ou d’organisation.
Alors que dans le même temps, nous assistions à une rapide augmentation des dossiers correspondant à des activités multiples et à une large implantation en France
2 Les années 1994/1995 : la montée des périls.
– Décembre 1994, le détournement du vol Alger/Paris : la France échappe de peu à un 11 Septembre avant l’heure.
– Les menaces se multiplient : la France prise pour cible, assassinats de nos ressortissants en Algérie, installation de réseaux sur notre sol.
– Eté et automne 1995, la campagne d’attentats du GIA
– La réponse du judiciaire : des moyens encore faibles, des services peu organisés.
– La longue marche pour résoudre les dossiers d’attentats : le dossier de l’attentat St Michel/ Une situation paradoxale /une enquête de 6 années et des preuves irréfutables

3 La période 1996/2002
– Les dossiers afghans : comprendre les réseaux jihadistes dans leur nouveauté,
– Le Londonistan,
– Le groupe de Roubaix et ses suites : un réseau mondial mis en évidence à partir d’un « petit » trafic de passeports : Belgique, France, Italie, Royaume-Uni, Bosnie, Turquie, Canada, Etats-Unis, par la suite également Japon, Australie…et de nombreux projets d’attentat ayant visé la France de 1996 à 2003,
– Genèse d’Al Qaïda…qui ne frappe la France que de manière marginale,
– De nouvelles méthode d’organisation de la part des terroristes,
– Vers une réorganisation de la lutte antiterroriste.
4 Les années 2002/ 2003 :
– Une nouvelle rupture : les filières irakiennes et « groupe des Buttes-Chaumont : des individus plus jeunes, ne possédant que des connaissances religieuses et idéologiques rudimentaires, n’ayant bénéficié d’aucune formation militaire, mais tous immédiatement prêts à agir le plus violemment possible, y compris par l’action-suicide ;
– Pourtant, certains vont participer à de multiples actions terroristes en Irak, et plusieurs se feront connaître pendant plus d’une décennie : l’un deviendra un haut responsable de Daech en Syrie, un autre un important cadre d’AQPA, un troisième, un des deux tueurs de la rédaction de Charlie.

5 Les années 2005 à 2011 : entre repli et réorientation
– Intermède de six années de calme apparent précaire,
– Mais période de réorganisation, diffusion de l’idéologie, recrutement, formation, accumulation de fonds, préparation en attente du moment propice.

6 L’appareil judiciaire au défi du jihadisme des années 2010
– Face à des « actions de masse », la nécessité de définir de grandes orientations : qui poursuivre, de quels chefs, qui des femmes, des mineurs ?
– Les prémisses : le 24 mai 2014, l’attentat au musée juif de Bruxelles et l’affaire dite « des otages de l’État islamique » : de bourreau à protagoniste des attentats,
– Juger les jihadistes en cour d’assises a été une action presque marginale pendant près de 25 ans, mais à compter des attentats de 2015, il a fallu envisager des jugements de masse dans le parfait respect de la loi. Seconde révolution dans l’approche : la place des victimes, mais aussi l’importance de l’organisation de ces procès pour la société toute entière : voir/entendre, assister, comprendre. Le tout dans contexte de menaces et d’attentats. Le procès terroriste est devenu un acte majeur en lui-même, symbole de ce que la résolution de l’attaque terroriste a bien lieu cette fois dans une enceinte judiciaire.

7 Les années 2016 à 2024 : les nouveaux défis
– Eviter de nouveaux attentats de masse,
– Prendre en compte les réseaux numériques,
– Vers le « Jihadisme d’atmosphère »,
– Jihadisme et droit commun (Attentats de Strasbourg et de Carcassonne),
– La problématique du blasphème : les trois attentats de l’automne 2020,

8 Le parquet national antiterroriste : le droit face à la terreur
– Le PNAT : une prolongation de la loi de 1986 par la création d’une structure robuste, dédiée, spécialisée, à la compétence large afin de répondre à une situation sans précédent,
– Le PNAT comme expression judiciaire d’une réforme globale de l’Etat de 2014 à 2017,
– Le PNAT comme acteur central permettant le jugement dans le parfait respect du droit de plusieurs centaines de prévenus et d’accusés,
– Le PNAT intervenant depuis les prémisses de l’enquête jusqu’au suivi postérieur à l’exécution de la peine,

Conclusion : Un long chemin pour parvenir à une « Justice antiterroriste de plein exercice », efficace et répondant aux exigences les plus strictes découlant des principes constitutionnels et conventionnels, hors de toute influence politique ou médiatique